Agricola : premières impressions

Publié le par Gorthyn

Quand je le peux, je préfère parler sur ce blog de jeux pour lesquels on ne voit pas trop fleurir sur le net des avis dans tous les coins, afin d’éviter de la redondance inutile. Ceci étant, force est de constater que mon activité principale du moment, comme visiblement bon nombre de joueurs depuis juillet, tourne autour du jeu qui depuis Essen 2007 était le plus qu’attendu dans sa version française, j’ai nommé Agricola. Voici donc mes premières impressions après 6 parties (une en solo, 3 en mode familial à 3 joueurs, et 2 en mode complet, deck E uniquement, à 3 et 5 joueurs).

Du matos qu’il est lourd…
Agricola, c’est tout d’abord une bonne grosse boite, remplie, très bien remplie, et de fait lourde. Ceux qui aiment bien en avoir pour leur argent au sens rapport prix / poids (…), devraient ne pas nous enquiquiner sur le tarif cette fois (…). Entre les plateaux individuels, les plateaux centraux, les pions, les marqueurs, les cartes (plus de 360…), y’a de quoi faire au point que même un thermoformage ne trouverait pas sa place dans la boite : tout sera au final rangé dans des sachets en plastique (fournis dans la version française en tout cas)… Une fois tout installé, on trouve souvent la table un peu petite ( !)

Du thème qui plaît … ou pas
Certains s’interrogent de l’attrait du thème. Chacun ses goûts évidemment, mais pour moi, un jeu qui dévie des thèmes régulièrement utilisés ces dernières années et qui de surcroît applique une mécanique qui colle relativement bien au thème, je trouve cela très attrayant. Alors après bien sûr, si la vie à la ferme façon « petite maison dans la prairie » ne vous tente pas, faut pas se forcer non plus. Mais je trouve que divers éléments concourent assez bien à se projeter dans la vie de sa ferme : agrandir sa famille, améliorer sa maison, construire ses pâturages pour y accueillir différents bestiaux, plantation de céréales, récoltes, bien penser à nourrir suffisamment sa famille sous peine d’être amené à mendier et de fait perdre de précieux points de victoire…Dans un genre aussi consistant qu'Agricola, je n’ai pas trop d’exemple à donner où j’ai eu autant de facilité à avoir le sentiment d’être agréablement immergé dans le thème. Et ça, ça compte assez à mes yeux pour apprécier d’avantage un jeu.

De la gestion de son plateau individuel
Sur l’aspect développement de son petit plateau individuel, dans un genre similaire à Puerto Rico ou bien encore Princes de Florence, je trouve qu’Agricola va nettement plus loin et invite d’avantage les joueurs à se prendre d’affection pour le développement de leur ferme. L’agencement de son plateau individuel a une importance là où celui de Puerto Rico ne servait « qu’à entasser » les bâtiments achetés. De même, les éléments du jeu sont plus représentatifs là où PR ne proposait qu’un carton rectangulaire monotone-violet pour chaque bâtiment construit… Certains d’ailleurs ont voulu pousser encore plus loin l’expérience en se fabriquant eux-mêmes leurs éléments en pâte fimo (légumes, céréales, moutons, cochons, bois, pierre, …), pour être d’avantage immergé dans le thème (allez faire un tour dans la gallerie d'images sur la fiche de BGG). Ca me donnerait presque envie de m’y mettre (mais j’attends encore quelques parties pour m’assurer que je serai animé d’une grande volonté d’y jouer très souvent tout de même).

Des mécanismes bien intégrés, mais pas originaux
Pour ce qui est des mécanismes, c’est probablement là que certains pourront grincer des dents. Comprenez qu’il n’y a point de révolution dans Agricola : on dispose de pions (2 personnages par joueur en début de partie, représentant une famille de fermier qui va pouvoir s’agrandir en cour de partie... et donc octroyer des actions supplémentaires par tour...) qui à placement tour vont aller squatter une action (un peu dans le même esprit qu’à Caylus, les actions seront de plus en plus nombreuses à être disponibles au fil des tours). Les autres joueurs ne pourront pas de fait utiliser ces actions pendant ce même tour, actions nous permettant de récupérer des matériaux qui, grâce à une autre action va permettre de les transformer / construire, etc… On est en terrain connu.

Il va falloir prioriser le choix des actions les plus utiles risquant d'être également ciblées par vos adversaires, pour terminer pas les choix tout aussi utiles mais moins recherchés... Souvent il faudra changer votre fusil d'épaule durant le tour car ces actions risqueront de vous être chipé par un autre, d'où l'importance également d'être premier joueur (résultant d'une action elle-même...).

D'ailleurs à ce sujet, le fait qu'un joueur s'obstine "trop" à reprendre la première place risque peut être d'avantager celui situé à sa gauche (car devenant second joueur sans griller d'action), et désavantager celui situé à sa droite (se retrouvant dernier joueur sans rien n'avoir demandé). A 3 joueurs, cela ne m'a pas trop dérangé. Si je n'ai pas encore joué à 4 et ne peux de fait pas me prononcer, j'ai eu par contre le sentiment qu'à 5, cela pouvait devenir assez pénalisant de se retrouver à droite d'un joueur un peut trop monomaniaque de la première action. A voir avec un peu plus de parties dans les pattes bien entendu. J'aurais tout de même tendance à penser qu'à termes, les joueurs utiliseront avec d'avantage de parcimonies cette action qui peu être très déterminante à certains moments de la partie...

Du  renouvellement des parties.
Le renouvellement des parties sera assuré en partie par l’ordre d’apparition des actions au fil des tours, mais avant tout par les cartes d’aménagement mineur et de savoir-faire (en mode complet donc). Chaque joueur en reçoit 7 de chaque type, et aura plutôt intérêt à trouver les bonnes associations de celles-ci afin de définir une stratégie orientée par ces cartes qui lui conférera certains petits bonus/privilèges lors de certaines actions. Comme pour rappel, il existe plus de 360 cartes, vous vous doutez bien qu’à chaque partie, vous devrez partir dans une direction différente. De plus entre, une partie de 2, 3, 4 ou bien 5 joueurs, les actions de base (disponibles dès le début de la partie) ne sont pas tout à fait les mêmes. Autrement dit, en fonction du nombre de joueurs, il faudra en plus tenir compte de la palette d'actions de base mises à disposition...

De l’interraction ?
L’essentiel des interactions entre les joueurs se situera sur le plateau pour la prise de possession des cases action. Il faudra donc d’avantage être vigilent à ce que les autres cherchent à faire pour tenter, dans la mesure du possible (que l’action vous intéresse également bien entendu), de leur voler avant qu’ils ne puissent se les approprier. Mais cela reste limité. Donc ceux qui apprécient de pouvoir mettre un bonne mandale à un joueur (c’est une image je précise), ce n’est pas dans Agricola que vous allez pouvoir vous défouler. Eventuellement gêner un adversaire en fin de partie sur une action que tout le monde toise... Mais sinon, rien d'extrêmement violent. Il y aura donc ceux qui apprécient ce type d'interraction relativement modérée, et d'autres qui trouveront peut être que ça manque de "patate".

De la digestion de l’ensemble
La base du jeu (la version « familiale » = sans carte), est très logique et s’assimile très simplement au final. Un peu comme pouvait l’être Puerto Rico (lecture de règles assez consistante alors qu’après la première partie, tout coule presque de source …). Par contre, à partir du moment où vous introduisez les cartes (en mode « complet »), c’est là qu’il va falloir être plus vigilent pour bien appliquer vos pouvoirs et tenter de contrer un minimum, si possible, ceux adverses. Et là, ça peut devenir un peu usine à gaz. Avoir un oeil sur tout le jeu, ça peu devenir assez coton. Quoiqu'il en soit, on éprouve un réel plaisir de sentir chacun jouer des coudes pour développer sa ferme selon l'axe qu'il aura suivi en fonction des cartes qu'il aura en mains. Du coup, l'attrait de se développer prend le dessus (à mes yeux).

Du plaisir qui en découle
A la vue de tout ceci, le résultat final à mes yeux est un jeu 
  • relativement immersif (je n’ai jamais vu le temps passer lors de mes 6 parties tant j’étais « dans le jeu »),
  •  accessible (malgré une richesse de choses à intégrer) de part l’évidence des enchaînements d’action (même si lors les premières parties, on ne voit pas trop quelle direction il est préférable de privilégier à un instant T… Cela s’améliore évidement au fil des parties comme tout jeu espérant proposer une durée de vie intéressante),
  • très plaisant (pour peu que le thème nous attire évidemment, mais moi, c’est le cas),
  • et qui donne l’irrésistible envie d’y revenir.
Sur ce dernier point, c’est la satisfaction de développer quelque chose (sa ferme) qui arrive à procurer presque autant de plaisir que la victoire en elle-même : tout le monde a le sentiment de « faire » quelque chose (quelque soit l’issue finale), et non pas comme dans certains jeux, d’uniquement subir dans les situations délicates et de constater les scores en fin de partie. Tout le monde a bien le sentiment d'avoir bâtit sa ferme, et au pire (même quand on prend une taule), cela reste une satisfaction qui prendra le pas sur le ressentis de la partie.

Mais c’est pour qui donc ?
Au final, ceux qui recherchent avant tout l’originalité pour motiver leur achat de jeu risquent d’être déçus (à tester avant achat donc si possible, surtout vu le prix tout de même). Par contre, ceux qui recherchent un jeu de gestion/développement logique (et de fait accessible), fluide, agréable, assez riche en possibilités, jouable de 1 à 5 joueurs, il me semble qu’Agricola est une sacrée référence en la matière. Pour le moment, je ne regrette absolument pas mon achat qui ne fait pas redondace avec le reste de ma ludothèque.

En cette mi-août, Agricola s’est hissé à la seconde place du respectueux classement BGG. Ce qui n’est pas rien en si peu de temps (11 mois), et si peu de votants (2173) par rapport aux jeux qui tiennent le haut du classement. Il se classe ainsi entre Puerto Rico et Funkenschlag qui respectivement dénombrent 12708 et 7824 à l'heure où j'acris cet article. Un démarrage en trombes donc. Et personnellement, ce n'est pas pour me déplaire vu le réel plaisir avec leque je joue actuellement à Agricola. Comme dirait Jean-Yves Lafesse, "pourvu que ça dure...".

Publié dans Premières Impressions

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Actorios 23/08/2008 23:31

Un fort bel article. Petite info pour ceux qui ne surveilleraient pas le classement BGG: Agricola vient de passer #1.

Gorthyn 25/08/2008 20:37


Ouaip, je suis ça de ma petite fenêtre également. En tout cas, c'est un des premiers jeu où je prends également du plaisir à jouer seul. Le mode solo est assez bien réussi au point d'y revenir
régulièrement. D'ailleurs la version solo PC fonctionne très bien pour ça ;-)